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Nos valeurs

De manière socio-éducative, le service s’inscrit à un moment donné de la vie du jeune et espère par son action éviter aux familles en difficultés la rupture avec leur environnement et par là même leur exclusion sociale. Ce travail de prévention a pour mot d’ordre l’accompagnement tant individuel que collectif des jeunes fragilisés à différents niveaux : scolaire, social, éducatif et culturel. Ces jeunes, au parcours semé d’échecs, évoluant sur un fil, à la limite de la légalité, à la limite de la précarité, à la limite du comportement à risque, pourront profiter d’un espace d’acquisition de compétences particulières et de réalisation de projets valorisant leurs savoirs-faire. Nous espérons ainsi leur faire vivre des expériences positives pouvant à terme les aider à prendre davantage leur place dans la société.
Cette valorisation a pour objectif principal la réalisation d’un travail sur une image positive de la jeunesse, à contre-courant d’une image qui prévaut toujours aujourd’hui, généraliste et rédhibitoire : celle de jeunes, violents, paumés et paresseux.

Une jeunesse malmenée

Dans son idéal d’égalité et de solidarité, émanant des principes fondamentaux des droits de l’Homme, Samarcande refuse l’exclusion. Ainsi pour prévenir l’échec et donc l’exclusion, pour éviter que celui qui a connu l’échec n’en connaisse à nouveau, la réalisation de projets valorisant les compétences des jeunes leur fera vivre des expériences positives où certains pourront peut-être enfin se sentir considérés pour ce qu’ils sont : des jeunes, en demande d’agir, de penser et de dire. Les jeunes pourront prendre alors une place qui leur revient de droit : celle de jeunes citoyens.
Le constat d’une jeunesse « malmenée » par la société est communément admis par nombre d’associations travaillant avec la jeunesse (tant AMOs, que MJ) mais aussi par le CAAJ de Bruxelles. Nous entendons par « jeunesse » : les adolescents, âgés entre 12 et 18 ans (voir plus). Malheureusement ce constat perdure encore actuellement malgré nombre de projets œuvrant à la réalisation d’une image positive des jeunes.
Au-delà de la question des stéréotypes et préjugés qui collent à l’identité des jeunes, images préconçues véhiculées notamment par les médias, c’est davantage la question de la place des jeunes dans la société qui est posée. Qu’est-ce que la société attend d’eux ? Quels sont leurs « devoirs » ? A quoi servent-ils aujourd’hui ? Doivent-ils servir à quelque chose ? Quels sont leurs désirs ? Les jeunes, âgés de 12 à 20 ans, se situent en dehors de la cité : ils sont là, mais inutiles, ils doivent faire mais qu’ont-ils à en dire ? Ils sont en transit comme on attend pour prendre l’avion suivant vers une autre destination : celle d’une cité où ils pourront peut-être occuper une place concrète parce que considérée. ). En toile de fond, la société, profondément fracturée par un fossé de plus en plus grand entre les riches et les pauvres leur présente un avenir peu prometteur. Certains espèrent, d’autres désespèrent. Les premiers, (privilégiés) ont les ressources suffisantes pour se battre, d’autres peu ou pas du tout. Le constat est clair : cette dynamique négative concerne davantage la jeunesse fragilisée.

Déterminisme et délinquance

Nous estimons que la société (les citoyens adultes et les hommes politiques) attend de sa jeunesse de marcher dans la norme : avoir un « projet scolaire » et donc suivre des études, avoir des loisirs plutôt que de ne rien faire, …La société désire ardemment que sa jeunesse ne fasse pas de bruit, ne remette pas en question l’ordre établi et les structures qui en découlent (école, lois civiles, …), qu’elle entre sans broncher dans la société qui leur est imposée en acceptant les règles du jeu : croissance économique et règne du capitalisme, individualisme et compétition, et par conséquent avenir incertain… Pour la plupart, issus de l’immigration, mais citoyens belges en plein bricolage identitaire, ces jeunes devraient accepter le chemin que la société inégalitaire leur impose : pauvreté économique, trajectoire de vie ghettoïsée (notamment au niveau de l’habitat), et niveau d’étude « peu qualifié » (selon le jargon sociétal). Liés à leur trajectoire familiale, acceptant de fait ces éléments imposés, ces jeunes n’ont d’autre choix que d’embrasser ce déterminisme.

Concernant ces jeunes, la société dans son ensemble estime qu’il existe un lien ténu entre leur identité et la délinquance. En réaction, ces jeunes, dévalorisés, sont contraints d’évoluer dans le cercle vicieux du bouc émissaire. Considéré comme la source de tous les maux de la société, (violences multiples dans la rue, dans les réseaux de transport en commun, en famille, à l’école…), ces jeunes n’ont de cesse de défier l’autorité et ces adultes qui les dénigrent. Certains manifestent leurs malaises par une marginalisation, une exclusion qu’ils créent d’eux-mêmes, parfois par des actes de délinquance ou des comportements de rejet des autres ou de soi-même. De l’autre côté du miroir, les politiques estiment pertinent d’accentuer la dimension sécuritaire et répressive.

Samarcande, en tant qu’A.M.O., dans le cadre de sa mission communautaire, estime pertinent d’inverser cette tendance générale de déconsidération par la diffusion élargie des témoignages des jeunes. Imposer dans le discours de la société « bien pensante » la voix de ces jeunes dévalorisés est depuis 2003, une priorité pour Samarcande. Ce travail d’expression est réalisé à travers un outil spécifique, la radio. Par l’expression et la diffusion qui en découle, l’A.M.O. entend humaniser ces jeunes aux yeux de la société (citoyens, médias et politiques) et proposer ainsi la nuance nécessaire à toute compréhension d’une certaine réalité. Sans déresponsabiliser, il est urgent de proposer la nuance nécessaire à toute compréhension d’une certaine réalité.
Ce travail d’humanisation doit se réaliser tant au niveau de la société civile qu’auprès de la sphère politique et médiatique.

Le cloisonnement

De manière évidente, les jeunes fragilisés ont hérité de plusieurs éléments qui les laissent de fait « en dehors » de la vie de la cité : exclusion sociale (freins multiples à une scolarité de qualité, …), fragilités socio-économiques, stigmatisations diverses (dans les médias, de la part des politiques, des adultes…), ressources familiales et sociales insuffisantes…Cette réalité d’existence peut se résumer selon nous en un seul terme : le cloisonnement.
Ce prisme du cloisonnement, mis en lien avec les nombreux témoignages (tant individuels que collectifs) des jeunes, met en perspective la crainte de l’avenir, l’incompréhension de leurs « obligations » et la perte de repères en termes de valeurs à défendre et à respecter comme des champs à améliorer. En effet, ces jeunes, fragilisés, freinés par des conditions d’existence difficiles, à l’inverse d’autres jeunes au parcours favorisé, sont dans l’impossibilité d’élargir l’horizon de leur futur. Leurs ressources sont insuffisantes pour leur permettre de disposer de suffisamment de marges de manœuvre pour décider entièrement de leur évolution dans la société. Figé dans ce déterminisme de dévalorisation et cloisonné dans leur identité, ces jeunes sont dans l’incapacité d’atteindre les éléments nécessaires pour inverser le processus : acquisition de compétences valorisées, intégration des codes du savoir – être dominant, …

Dans le cadre de notre mission communautaire, destinées aux jeunes de 0 à 18 ans, il est pertinent d’inverser la tendance et de permettre une redistribution équitable des ressources, tant sociales qu’économiques. L’action sociale, traversée par la dimension inverse, à savoir le dé – cloisonnement, peut alors être très concrète et concerne différents niveaux d’action (local, communal, communautaire et régional, fédéral et dans une certaine mesure international).

Nous pensons qu’il est pertinent d’agir à différents niveaux pour décloisonner cette « fatalité », ce déterminisme social. Tout d’abord, pour les jeunes, l’école n’est pas le seul lieu de formation. Le terme « formation » est d’ailleurs réducteur. L’idée est non seulement l’acquisition de connaissances et de compétences multiples, susceptibles d’être utiles et valorisées dans leur parcours mais aussi de les étonner dans ce qu’ils sont capables de faire. L’idée est de mettre en lien nos activités collectives avec notre mission communautaire par l’existence d’objectifs sous-jacents : valorisation de leurs capacités d’agir (via nos actions citoyennes de solidarité et nos actions d’acquisition de compétences), de leurs capacités de penser et de dire (via nos projets d’expression), acquisition de compétences et accompagnement vers la découverte de nouveaux espaces de réflexion, responsabilisation et organisation de projets.

Eviter l’amalgame, produire une réflexion multiple qui fait sens dans des rencontres inhabituelles, favoriser le vécu pour comprendre l’autre, sans jugement constitue l’essentiel de notre méthodologie. Cette action transversale, fil rouge de nos projets, a pour mérite de travailler avec les jeunes pour les inscrire dans leur environnement : la société.

Politique et sécurité

L’image négative des jeunes ne se limite malheureusement pas à une « vision ». Elle existe et s’auto – alimente par des politiques concrètes, qui ont un impact direct sur l’environnement proche des jeunes. Elle se concrétise dans diverses politiques communales répressives, spécifiquement à destination des jeunes : amendes administratives liées à certaines incivilités, application de couvres – feux, …Cette politique induit parfois même, consciemment ou non (la question se doit d’être posée) des modalités d’action de la police empreintes d’une certaine violence. Nous sommes plusieurs acteurs de terrain à récolter des témoignages de jeunes qui malheureusement convergent tous vers le même constat : dans certaines zones des communes bruxelloises, la police adoptent des comportements agressifs voire violents envers les jeunes. Ces jeunes victimes ne savent malheureusement pas vers qui se tourner pour faire entendre leurs témoignages.

Cette question est intimement liée à la place des jeunes dans la société et plus spécifiquement dans l’espace public. La dynamique du bouc émissaire s’impose ici de manière concrète : peur des habitants et rejet de la présence des jeunes dans des espaces pourtant supposés ouverts à tous, réaction des autorités communales brusques et unilatérales (couvres-feux, interdiction de rassemblement de jeunes…) et rôle de perturbateur de l’ordre public endossé réellement par ces jeunes. Cette dynamique a de tout temps existé (Quick et Flupke n’en finissent pas de tenter d’échapper au policier !...) mais actuellement, nous sommes particulièrement inquiets de constater une certaine cristallisation des opinions et une réelle radicalisation des politiques qui unilatéralement font tout pour que cette jeunesse ne fasse pas trop de bruit.

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